2027 : LE BAROMÈTRE DU REJET
2027 : LE BAROMÈTRE DU REJET
POLITICO et Cluster 17 s’associent pour publier un baromètre mensuel permettant de mesurer le niveau de rejet des principaux candidats à la présidentielle dans l’opinion. Et donc, en creux, leur véritable capacité de rassemblement au second tour.
Par PAULINE DE SAINT REMY
à Paris

Illustration par Natália Delgado/POLITICO
“Je te hais, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie…” Et si, pour les candidats à la succession d’Emmanuel Macron, l’enjeu était, in fine, non pas tant de susciter l’adhésion d’une majorité de Français, mais d’en être le moins rejeté ?
Tout le monde le sent, tout le monde le voit : quelque chose a changé. Mais peu ont mis des mots et des chiffres sur la chose. Pour Jean-Yves Dormagen, président de l’institut de sondage Cluster 17, l’élection présidentielle de 2027 a ceci de particulier qu’elle se déroulera dans un contexte où “le vieux réflexe consistant à considérer Marine Le Pen, la candidate du RN, comme l’issue la plus inacceptable, ne fonctionne plus automatiquement”. Il n’existe donc plus de “veto électoral” contre le parti à la flamme, ou du moins, plus dans les mêmes proportions. “En tout cas, pas plus que sur les autres, aujourd’hui”, observe-t-il. Et d’en conclure : “Personne, aujourd’hui, n’est potentiellement majoritaire.”
Pour aller plus loin, Cluster 17 a demandé à quelque 2 000 personnes d’estimer, sur une échelle de 0 à 10, quelle était la probabilité qu’ils votent “un jour” pour les personnalités politiques suivantes : Marine Le Pen, Edouard Philippe, Jean-Luc Mélenchon, Gabriel Attal, Marine Tondelier, Raphaël Glucksmann, Dominique de Villepin, Bruno Retailleau — 0 signifiant qu’ils l’excluent totalement, 10 qu’ils jugent “tout à fait possible” de le faire.
Tondelier et Mélenchon en tête
A ce stade de la campagne, c’est… Marine Tondelier qui remporte la palme du rejet, talonnée par Jean-Luc Mélenchon. Pas moins de 81% des sondés situent en effet entre 0 et 3 les chances qu’ils votent un jour pour la candidate Ecologiste. Ils sont 73% à en dire de même pour l’Insoumis, et même 98% à 100% chez les catégories de la population “réfractaires”, “autoritaires”, “anti-assistanat”, “traditionnalistes”, ou encore “libéraux”, selon la classification de Cluster 17.
Une différence majeure, toutefois, entre les deux principaux épouvantails de notre classement : là où seuls 9% de personnes interrogées jugent qu’il y a une probabilité forte ou très forte (entre 7 et 10) qu’ils glissent “un jour” un bulletin dans l’urne pour Tondelier, ils sont 19% à se voir probablement ou très probablement voter pour l’Insoumis en chef — soit l’équivalent des intentions de vote en sa faveur pour le premier tour de la présidentielle, à ce stade de la campagne et telles que mesurées par Cluster 17. Le socle de ceux qui adhèrent positivement aux propositions du candidat Mélenchon est donc nettement plus important. Et c’est particulièrement notable chez les jeunes : 42% des 18-34 ans jugent probables ou très probables (entre 7 et 10) les chances qu’ils votent pour l’Insoumis.
A noter : le fort rejet suscité dans une partie de la population par Marine Tondelier, notamment “dans tout l’espace conservateur”, a beaucoup à voir, selon Jean-Yves Dormagen, avec le “problème d’image” de son parti : “Les Verts sont très clivants sur les questions culturelles et sociétales, et l’écologie est devenue clivante aussi. Ils sont perçus comme très radicaux, promigrations, et ultraprogressistes”, note-t-il, soulignant que cette structure d’image est comparable à celle des Insoumis.
Le Pen et Philippe : même rejet
Autres enseignements majeurs de notre baromètre pour la présidentielle : les candidats les plus centraux ne sont pas en reste quand il s’agit de rejet. Les Français sont respectivement 68%, 72% et 66% à juger faible ou nulle la probabilité qu’ils votent pour Edouard Philippe, Gabriel Attal et Raphaël Glucksmann dans les temps à venir, et 69% pour le candidat des Républicains Bruno Retailleau. Et c’est bien Marine Le Pen qui est la moins rejetée : ils ne sont “que” 62% à déclarer que la probabilité qu’ils votent pour elle est faible ou nulle, contre 30% à l’envisager sérieusement (probabilité forte ou très forte, estimée entre 7 et 10).
Encore un peu plus dans le détail : 56% des personnes sondées jugent strictement impossible de voter pour Marine Le Pen (soit une note de 0 sur 10 ou une déclaration explicite de l’exclure), à touche-touche avec Edouard Philippe (55%), et à peine pire que Raphaël Glucksmann (53%). Ils sont en revanche respectivement 68% et 66% à l’exclure tout aussi catégoriquement quand il s’agit de Marine Tondelier et Jean-Luc Mélenchon.
La peur ou le rejet de l’Insoumis s’explique en partie dans le détail des traits d’image des candidats : Mélenchon est ainsi celui qui se voit le plus reprocher “un risque de dérive autoritaire” — le risque est estimé à 6,7 sur 10 en moyenne — devant Marine Le Pen, pour qui ce sujet est toutefois aussi un point faible (risque estimé à 5,6 sur 10 en moyenne).
Notons enfin que le tableau général n’est pas reluisant lorsqu’on demande aux sondés dans quelle mesure, selon eux, ces candidats seraient “capables de rassembler les Français” : aucun ne franchit la barre des 3 sur 10 (atteinte tout de même par Glucksmann et Philippe). Même chose quand on les interroge sur l’une de leurs principales préoccupations : Marine Le Pen n’apparait pas franchement comme “capable d’améliorer le pouvoir d’achat” des Français (3,3 sur 10)… alors qu’elle est en tête de tous les candidats testés. Même chose enfin pour la catégorie “comprend la vie des gens comme vous”, avec pourtant un faiblard 3,7 sur 10.
(*) Etude Cluster 17 réalisée auprès d’un échantillon de 2 045 personnes, représentatif de la population française grâce à la méthode des quotas, interrogées par questionnaire autoadministré en ligne, les 15 et 16 septembre 2026. Les données ont fait l’objet d’un redressement sociodémographique, à partir des données de l’Insee, ainsi que d’un redressement politique fondé sur la reconstitution des votes au premier tour de l’élection présidentielle de 2022 et aux élections européennes de 2024.